Les bénévoles ont la parole

Et si nous regardions devant nous ?

Réflexions proposées par Monsieur Patrick Lamotte, bénévole à l’école Colbert, à Maisons Lafitte

 

Tout d’abord une bonne vieille banalité bien épaisse comme nous les aimons tous : le monde moderne évolue de plus en plus vite et cette accélération continue est calquée sur le progrès technologique.
Pour ce qui nous préoccupe, nous qui tentons de susciter ou de préserver l’envie de lire des enfants afin de leur donner les meilleures chances de succès dans leur vie scolaire (et peut être même après), ces nouvelles technologies ne sont pas forcément une bonne nouvelle.
 
Nous avons tous le souvenir des parents (Peut être même les nôtres) qui se plaignaient de la télévision.
– « Non mais regarde, ils sont encore devant la télé ! »

Aujourd’hui, les pauvres parents la regrettent amèrement en constatant qu’il est apparu d’autres technologies encore plus redoutables car dénuées de toute ouverture sur le monde ou de quoi que ce soit qui pourrait ressembler de près ou de loin à de la culture, et surtout beaucoup plus asservissantes car créatrices d’accoutumance, et de ce fait, nettement plus chronophage. Je pense aux jeux en réseau par exemple, mais il n’y a pas qu’eux.
 
Nous sommes en train de passer tout doucement d’une civilisation de l’écrit à une civilisation de l’image. Pour s’en convaincre il suffit de comparer les livres de classe de notre jeunesse et ceux qui sont édités aujourd’hui.
C’est donc dans ce contexte que nous autres, prosélytes de la lecture, Savonaroles du mot juste et de la phrase qui sonne bien, Torquemadas de l’émotion et du sens, jubilateurs textuels par inclination naturelle ou apprise, nous aimerions bien transmettre ce que nous aimons. Pas si facile…
 
Nous avons devant nous quelques adversaires redoutables : La game boy, l’ordinateur raccordé au réseau, le petit ami ou la petite amie - sachant qu’ils étaient déjà là au temps béni de notre adolescence (Ne dites pas non, j’ai des preuves !) et les distributeurs personnels de musique qui permettent, par greffe auriculaire directe, de passer des heures et des heures les yeux dans le vague en battant la mesure avec le bout du pied.
 
Puisque mon emploi du temps ne me permettra sans doute pas de participer aux tables rondes de Lorient, je vous soumets quelques idées ou suggestions à jeter en l’air pour voir si elles valent le coup d’être rattrapées au vol.
 
Notre sacerdoce (on peut rigoler, mais dans le contexte actuel c’est presque ça), à quoi sert-il au juste ? Peut-on définir le ou les objectifs finaux (et non pas intermédiaires) que pourrait se fixer l’association ?
Par exemple, dans le désordre et sans hiérarchisation :
- Faire en sorte que les enfants lisent.
- Donner aux enfants le goût de la lecture.
- Favoriser leur compréhension d’un texte.
- Leur faire aimer la littérature.
- Accompagner leurs efforts dans le domaine du Français.
- Leur donner le goût de la lecture pour qu’il subsiste à l’âge adulte.
- Etc.
 
L’avantage de se fixer un objectif, c’est qu’une fois qu’on l’a défini, on se doit d’en constater l’atteinte à l’échéance prévue.
Un autre avantage réside dans l’observation et l’analyse des moyens qu’on emploie pour l’atteindre. On peut les comparer, donc mettre en regard des situations rencontrées, les soupeser, etc.

Je propose donc de mesurer l’impact de lire et faire lire sur les enfants qui ont suivi nos séances de lecture, et ce, année après année jusqu’à la date fixée par les objectifs de l’association (qui peut être l’âge adulte de notre enfant devenu grand). Cela veut dire qu’il faudra suivre les enfants et leur demander une fois par an ce qu’ils ont lu pendant l’année et d’où venaient les livres qu’ils ont lu : bibliothèque, livre familial, prêt d’un ami, cadeau, livre imposé par l’école, etc.
 
Il est devenu très facile de poser ce genre de questions en se servant d’internet. (à côté de nous, les enfants sont de véritables virtuoses du web, des Paganinis de la souris ; ils adorent l’informatique et encore plus être sondés…).
Si l’on prend la peine de préciser que c’est dans le but de nous améliorer, qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse et que chaque réponse nous intéresse, nous obtiendrons peut-être des éléments pouvant nous servir de référence.

Notre situation est assez semblable à ceux qui lancent un satellite pour atteindre une planète lointaine : une fois lancé, il faut attendre quelques années pour savoir si le tir était bien calculé. C’est un métier dans lequel la morte saison est loin d’être négligeable.
De notre côté, nous lançons nous aussi des satellites parce que nous pensons devoir le faire, mais nous ignorons superbement leurs destinations finales. Les américains disent : « Fire and forget » et les musulmans : « Inch Allah ».
Peut être pourrions-nous suivre nos satellites en cours de périple ainsi qu’au moment où ils devraient atteindre leurs objectifs afin, le cas échéant, d’en tirer des conclusions utiles pour affiner nos calculs de trajectoire.

Dans tous les cas, comprendre pourquoi ça marche ou pourquoi ça ne marche pas reste une nécessité, ne serait-ce que pour rationaliser notre effort.
Voilà une méthode bien technicienne et bien sèche, me direz-vous.
Certes, mais en regard de tout ce qui n’est pas mesurable et qui interfère sur notre entreprise, ce n’est pas grand chose. Par exemple : l’ambiance de l’école, le professeur qu’on aime ou qu’on n’aime pas, le lecteur qui peut avoir une voix désagréable, une moustache ou des lunettes avec des verre épais, qui peut être une femme ou un homme, le livre choisi qui fait vivre l’aventure ou qui laisse indifférents, la crainte de ne pas lire assez bien devant les autres, l’inattention chronique de certains enfants, etc.

Mes deux idées sont donc :
- Poser un ou plusieurs objectifs à moyen ou long terme
 
- Mesurer la progression de notre travail et l’atteinte des objectifs
 
 
 
Patrick Lamotte août 2008