Eduquer c’est aussi apprendre l’empathie et la frustration

La complexité, la récurrence et l’escalade de situations transgressives allant du simple « non » au meurtre incitent à s’interroger sur les mécanismes déclencheurs et sur les moyens de les réguler.
Deux thèmes sont souvent avancés comme des déterminants dans l’éducation : savoir comment parler aux enfants et comment leur faire respecter les règles. Ces deux items construisent le tout petit, puis l’enfant et l’adolescent jusqu’à l’adulte qu’il deviendra. Certes transgresser les règles n’est pas nouveau et constitue même une étape nécessaire dans la construction de l’enfant. Ce sont les degrés de violence
et le décalage apparent entre l’élément déclencheur et le degré de violence de l’acte qui l’est.
Comment parvenir à comprendre les débordements de violence des plus jeunes - notamment entre pairs et surtout quelle approche éducative peut nous aider à mettre en place les moyens de les réguler ?
Françoise Dolto l’avait très bien expliqué et vulgarisé dans ses nombreux ouvrages et notamment dans la Cause des enfants, l’enfant a besoin de la vérité pour se construire. Communiquer « vrai » tout en le préservant des images violentes est donc un préalable. Mais du fait que les enfants appréhendent plus facilement la communication non verbale que verbale cette communication exige d’une part, que
deux formes soient congruentes et d’autre part, qu’un travail sur les émotions soit réalisé.
En effet, les enfants, surtout jeunes, comprennent plus facilement le langage non verbal que les mots ; encore faut il que les émotions captées par l’enfant correspondent à la réalité. Ce n’est qu’à cette condition que l’enfant pourra éprouver de l’empathie. C’est en se mettant à la place de l’autre que l’enfant apprend les
effets négatifs ou positifs de ses agissements.
Plusieurs situations permettent de travailler sur les émotions et donc de favoriser l’empathie : le jeu, les activités sportives, les actions solidaires sont des environnements propices car l’enfant s’identifie fortement à son personnage. Ce sont les mêmes mécanismes qui sont en œuvre pendant la lecture ; aussi militons pour la lecture de l’histoire du soir pour cette raison également !

Dans Empathie au cœur du jeu social Serge Tisseron propose un outil imaginé pour une population adulte et qu’il décline pour les enfants des écoles. Il conçoit le Jeu des trois figures ; un jeu de théâtre qui invite les enfants à revêtir, à tour de rôle, les postures de l’agresseur, de la victime, et du “sauveur”.
Ce jeu permet de créer des scénarios différents de ceux dans lesquels l’enfant a pu s’enfermer. De plus, comme “les agresseurs” expérimentent le rôle de victime, ils comprennent, grâce à cela, les sentiments du camarade qu’ils ont agressé. L’enfant acquiert ainsi une première sensibilité aux expériences morales. Résultat : moins de violence, climat de confiance…dans les écoles ayant expérimenté cet outil.
L’empathie est donc une notion importante à enseigner et peut constituer une variable pour diminuer les violences.
Une seconde variable qui, ajoutée au déficit d’empathie peut s’analyser comme un déterminant majeur de passage à l’acte rapide et de violence : une éducation lacunaire à la gestion de la frustration. C’est l’histoire de l’enfant roi ou « moi je veux tout, tout de suite et maintenant ». Dans nos sociétés modernes l’enfant est considéré comme un individu. Or l’enfant n’est qu’un individu en devenir. Ce n’est, au mieux qu’au bout du chemin de son éducation c’est-à-dire de l’apprentissage de
son rôle en tant qu’être social et de sa confrontation à l’altérité et aux besoins des autres qu’il en deviendra un. Enfant, c’est un être social qui a besoin du lien à l’autre pour se construire. Dès lors il lui faut apprendre la présence de l’autre et que ses désirs ne sont pas souverains. Autrement dit éduquer c’est littéralement conduire vers l’extérieur (la société) en le protégeant par un cadre (les règles, c’est-à-dire
l’autorité).
Quand « l’enfant aura toléré la souffrance d’un désir non satisfait » comme l’explique Daniel Marcelli, il deviendra peu à peu à même de gérer ses frustrations et de prendre la distance nécessaire pour les métamorphoser c’est-à-dire changer leur nature au sens mythologique en l’adaptant à son environnement.

Source : http://www.familles-de-france.org/fr/publications/magazine/cercle-des-familles-ndeg18-education-parentalite