Le système éducatif, la jeunesse et notre société

Si l’on se place du point de vue de la société, ce triptyque permet en théorie de poursuivre plusieurs buts.

Il existe un lien entre les engagements assignés aux générations futures et ce qui leur est proposé au travers des enseignements inscrits au programme de notre système scolaire ; nous aurions donc tout à perdre de la faillite de ce système éducatif.
L’école mais aussi les familles ont le devoir de génération en génération de transmettre des connaissances et un patrimoine culturel ; de former la relève sur des métiers et des activités et de favoriser la promotion des plus méritants afin de favoriser la promotion sociale.

En un mot il s’agit de mettre en œuvre notre contrat social ; car historiquement c’est la réflexion sur le contrat social qui a amené les grandes réformes relatives au système éducatif.
Notre société contemporaine a inversé les termes de cette approche et aujourd’hui c’est la réflexion sur l’individu et sa place dans la société qui, de fait, impose une évolution du système d’éducation ou d’apprentissage.
Faut-il s’en préoccuper ?
Malgré des réformes successives du système scolaire cette part du contrat social est un échec. Renvoyer les causes de cet échec au seul système scolaire ou aux seuls parents responsables de l’éducation qu’ils donnent ou non à leurs enfants, ne suffit pas à en analyser les causes.
Les débats dans le système éducatif sont nombreux mais font rarement consensus ; l’exemple des rythmes scolaires montre la difficulté de susciter un consensus sur le sujet de l’école.

Les sujets, en effet, ne manquent pas et ne favorisent pas une stratégie cohérente : l’égalité des chances, les méthodes pédagogiques, le rôle de l’école républicaine, le contenu des programmes d’enseignement et la place des enseignements fondamentaux, la sélection ou l’intégration, la place des choix individuels
d’orientation.
La multiplicité de ces débats montre l’importance des enjeux et la difficulté à définir des choix en rapport avec les réalités du monde du travail, du monde économique et du monde de la recherche.
Est-ce qu’objectivement dans le cadre d’une mondialisation accélérée des compétences, on peut se contenter, en termes de stratégie, de conduire plus de 90 % d’une classe d’âge au Bac sans se préoccuper par ailleurs de nos résultats dans les classements internationaux sur les enseignements fondamentaux et des conclusions que l’on doit en tirer ?
Paradoxalement notre système éducatif, en voulant accompagner le plus grand nombre, impose un modèle de nivellement, d’exclusion et de sélection sociale.
Malheureusement, ceux qui sortent du système en décrochage, sans connaissance, sans acquis d’apprentissage se sentent exclus de notre société : dévalorisés sans espoir et sans avenir.
De même, ceux qui ne rentrent pas dans le moule sont orientés par défaut et trop souvent abandonnés à leur propre sort ; les statistiques traduisent mal l’ampleur du phénomène.

La place des jeunes (de 9 ans à 20 ans) dans la société et la construction des parcours de vie.
C’est un fait, la place donnée à l’individu dans la société contemporaine a transformé l’idée de « réussir dans la vie » en « réussir sa vie ».
Pour de nombreuses générations, il a été question de réussir dans la vie, souvent en sacrifiant des aspirations personnelles avec abnégation ; en se conformant à l’application des consignes et au respect de règles d’ancienneté garantes de l’expérience.
Les changements d’idéaux intervenus dans notre société contemporaine, liés à la valorisation et la reconnaissance des compétences individualisées d’une part, à l’évolution des systèmes de production et à l’abandon d’un système de statuts d’autre part, nous conduisent à développer de nouveaux processus
par certains aspects moins protecteurs et de nouvelles règles de promotion sociale.

Si l’enseignement est déconnecté des réalités du monde socio-économique, alors le parcours de vie, l’expérience et les défis constitueront pour ces jeunes une alternative à un enseignement ne répondant plus à leurs préoccupations ; la preuve en est dans les nombreux domaines d’excellence dans lesquels ils trouvent un accomplissement. La reconnaissance de compétences individualisées ; la notion de responsabilité et de reconnaissance individuelle accompagne un mouvement de mondialisation des compétences qui modifient les attentes en termes de formation et d’enseignement.
Il est donc urgent de former autrement et d’apprendre autrement en laissant un choix de solutions plus ouvert et un accompagnement plus individualisé dans lequel l’entreprise a aussi sa place. La déconstruction du rôle éducatif des familles entretenue par le mythe de l’égalité sociale.
Des générations de sociologues, de pédagogues et d’enseignants ont dénoncé le rôle des familles dans la reproduction des inégalités, les uns parce qu’ils transmettaient les codes pour réussir, les autres parce qu’ils réduisaient plus encore les chances de leurs enfants. Et les combats actuels sur les présupposés sociaux qui agissent sur nos comportements comme des marqueurs d’une identité
programmée brouillent encore plus les pistes.
La réflexion actuelle de certaines recherches sur ce qui est conforme et ce qui ne l’est pas, conduit à effacer les repères ; par exemple le débat sur l’écriture inclusive. Ce qui est clair c’est que les parents sont dans leur rôle lorsqu’ils accompagnent leurs enfants dans leur parcours, dans leur choix et qu’ils leur apportent la sécurité, l’écoute et leur affection pour surmonter les épreuves.
L’égalité c’est de donner une chance à ceux qui réussissent dans le système scolaire et de donner aussi une chance à ceux qui en ont été exclus.
Pour cette raison il serait utile de mettre en œuvre une filière des apprentissages générale et de l’alternance, qui serait ouverte à tous, avec l’aide des entreprises, débouchant sur des compétences acquises et leur validation professionnelle afin d’ouvrir un vrai parcours professionnel tant dans les activités de service (y compris associatives) qu’industrielles.
Les compétences que nous ne valorisons pas aujourd’hui nous manqueront cruellement demain et c’est déjà le cas en matière d’ingénierie, en raison de l’abandon de notre industrie.
Favoriser la valorisation du lien social et l’expérience de l’engagement doit aussi nous conduire à mieux les prendre en compte dans l’évaluation des compétences individuelles et donc à revoir le cadre du parcours académique et de ses méthodes qui conduisent à une forme de formatage des individus.

Source : http://www.familles-de-france.org/fr/publications/magazine/cercle-des-familles-ndeg18-education-parentalite